lundi 27 août 2007

Rencontre avec mon employeur

Bonjour à tous,

Je voudrais tout d’abord remercier tous ceux qui m’écrivent. Nombre d’entre vous me font parvenir leurs questions et commentaires par mail ou directement sur mon blog. Sachez que c’est un réel plaisir d’y répondre même si parfois je mets un peu de temps !

Et oui, je suis finalement ressorti indemne de mon séjour dans le village de Koulpissi. 7 jours passés bien loin de mon confort habituel de Ouagadougou mais qui resteront inoubliables (je travaille actuellement sur une suite…).

Koulpissi est un village de quelques milliers d’habitants (mais très étendu) situé à 12km de la route reliant Fada à Ouagadougou (Est du Burkina). En cette année propice à la culture (il y a bien plu cette année), j’y ai retrouvé les traits de ma bonne vielle région de Franche-Comté. Surprenant. Autant dire que je me suis senti à l’aise dès le début. J’ai logé chez le président d’un regroupement de groupements d’agriculteurs du village. Il s’appelle Abdou. Il est dans la quarantaine, a deux femmes, et quatre enfants. Né à Koulpissi, il a passé beaucoup de temps en Côte-Ivoire avant de revenir vivre dans son village. C’est une personne vraiment passionnante. Ce qui m’a le plus frappé chez lui est son ouverture d’esprit et sa créativité. Avant d’arriver au village, j’avais une vision fausse du villageois type. Je m’attendais à trouver des personnes plutôt passives comme semblaient le montrer mes courtes visites précédentes. Abdou a tout remis en cause. C’est une source incroyable d’idées. Un innovateur comme on en voit peu. Néanmoins tout le monde n’est pas comme Abdou. Beaucoup de villageois ne sont jamais vraiment sortis de leur village. Je l’ai senti. Il y a une nette différence dans les capacités de créativité de chacun. Normal finalement. Imaginez-vous à leur place. Vous habitez dans un village isolé et vous n’êtes jamais vraiment sorti de votre village. Vous ne savez ni lire ni écrire. Sur quelles sources de connaissances allez-vous vous baser pour être créatif? Et bien sur celles qui vous sont accessibles et compréhensibles, c’est-à-dire celles de votre environnement. Lorsqu’une ONG souhaite introduire une nouvelle technologie, elle se trouve alors confrontée à un déficit important en connaissances, compétences, etc, des gens par rapport à cette technologie.

J’ai suivi Abdou dans toutes ses activités. Actuellement la saison des pluies est bien entamée (depuis mi-juillet). Les villageois plantent encore quelques graines d’arachides ou d’haricots aidés par leur charrue à âne ou bœuf(s) pour les plus riches (voir photo). Mais la majeure partie du travail consiste à désherber les champs plantés quelques semaines plus tôt. Attention ici lorsque l’on parle de « désherber », on entend prendre une petite pioche, et traverser tout le champ, plié en deux, en piochant les mauvaises herbes (peu de villageois utilisent le désherbant). Lorsque l’on parle de 3-4 hectares, je peux vous dire que cela fait une différence considérable. Abdou, lui, a tout de même réussi à acheter un vaporisateur en se faisant sponsoriser par Eau-Vive. Il l’utilise de temps en temps mais le produit reste encore trop cher selon lui (et d'autres). Surement que le bénéfice de cette technologie n’est aussi pas perçu comme nous le pensons. J’ai d’ailleurs remarqué une différence nette de vision du travail par rapport à chez nous. Nous vivons dans une société ou notre environnement doit être contrôlé (en particulier les risques) et optimisé (le temps, l’espace, etc). Le tout pour généralement s’enrichir un peu plus. La vision des villageois est bien différente de celle-là. Je dirai que, à mon niveau d’apprentissage actuel et selon ma vision (occidentale, théorique, etc), elle se résume par être heureux avant tout chose. Notez que, ici l’argent n’est pas une constituante du bonheur (Mhm, difficile à croire, non?). Un de mes parents m’a d’ailleurs demandé de savoir ce que représentait le bonheur pour un villageois. J’ai échangé avec quelques villageois et eu trois réponses : la santé pour toute la famille, trouver une (nouvelle) femme, et recevoir des étrangers (Surement que ma présence a aussi influencé). Et pour vous? Beaucoup de villageois m’ont aussi demandé ce que vous vous répondriez à cette question, j’attends donc vos réponses (j'y retourne dimanche).

C’est tout pour aujourd’hui. Il est 10h en ce dimanche ensoleillé et je crois qu’il est temps que je me lève! Pour tout ceux qui avaient d’autres questions, rassurez les réponses sont au chaud..

Bonne semaine à tous et gardez le « Bon’Esprit »!

Florian

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Question du jour : Qu’elle est votre signification du bonheur?

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Les vidéos du jour: Une série de vidéos qui vont vous transporter dans la vie d'un villageois Burkinabè...
Vous la trouverez sur: http://www.esnips.com/web/Videosphotos/ (cliquez sur 'Next' en bas de la page pour voir les autres vidéos).

jeudi 26 juillet 2007

Le dévelopement au niveau village

Bonjour à tous,

j'espère que tout se passe bien pour chacun d'entre vous. Je n'ai malheureusement pas pu donner de nouvelles ces dernières semaines et je m'en excuse. La 'saison' de Eau-Vive se terminait et il fallait s'occuper des rapports!
Aujourd'hui, je souhaite me rattraper. Lundi prochain, je vais partir en solitaire pour séjourner dans un village pendant 7 à 10 jours. L'objectif de ce séjour est de mieux comprendre la dynamique locale et le développement au niveau des bénéficiaires. Je souhaiterais grandement vous associer à cette expérience unique afin que vous puissiez vous aussi apprendre. Je vous invite donc à réfléchir à la question suivante: si vous aviez à rencontrer un habitant d'un village africain reculé, qu'elle est la principale chose que vous souhaiteriez comprendre? Transmettez moi vos réflexions sur mon blog (1 par personne de préférence) et j'essaierai d'y répondre une fois sur place. Je consulterai mon blog pour la dernière fois le lundi 30 juillet dans l'après-midi.

Bonne journée à tous.


Florian Villaumé

samedi 7 juillet 2007

Vidéos

Bonjour,

je viens de mettre quelques vidéos sur le site: http://www.esnips.com/web/Videosphotos/ . Elles ont été filmées lors de ma mission dans la province du Gourma à la fin juin dernière.

Bonne journée.

Flo

mardi 12 juin 2007

Libér(alis)és?

Amis, parents ou simple lecteurs, j’espère que vous allez tous bien. Ici, tout se passe bien. La saison sèche est quasiment finie et nous entrons dans la saison des pluies. Le climat se rafraichit (mais les moustiques se font de plus en plus nombreux) et je dois dire qu'il est plutôt agréable de pouvoir dormir sans continuellement se réveiller pour boire de l’eau. Coté village, il y a une effervescence certaine. C’est le moment le plus important de l’année pour tous les villageois. D’ici au mois d’octobre, ils vont devoir produire leur nourriture pour l’année en espérant que rien de grave n’arrive. Côté ONG, on note aussi une forte mobilisation. Les prochains mois, les hommes, les femmes et les enfants seront tous occupés à la culture. Il leur sera difficile de participer à des activités de développement. Les ONG doivent donc finir tous leurs projets (ou les supendre). Autant dire qu’à Eau-Vive, on ne s’ennuie pas…

Aujourd’hui, j’aimerais partager avec vous quelques réflexions sur la situation économique du Burkina. Lorsque je fais mes courses à Ouga, je suis toujours surpris par la diversité des produits existant. Je n’ai vraiment pas l’impression de me trouver dans un pays sous-développé, mais plutôt au Canada ou en France. Je retrouve les mêmes marques. Coca-cola, Nestlé, Nescafé, Nivéa, Yamaha, Peugeot, etc. Toutes ces marques ont envahis le marché et peu de marques locales ont résisté. Bienvenue dans le monde du libéralisme.

Dans les années 90, la banque mondiale a conseillé (pour ne pas dire imposer) au Burkina Faso de privatiser son économie. Le but étant soi-disant de pouvoir lancer l’économie. Imaginez-vous chef d’entreprise Burkinabè. Vous avez une petite entreprise qui a de l’avenir, mais qui demande encore à grandir. Et là, les marchés s'ouvrent à d’autres entreprises extérieures. au pays. Ces dernières ont surement des dizaines d’années d’expérience, utilisent les dernières techniques de production et de publicité, et sont capables d’investir de gros capitaux. Que pouvez-vous faire? Rien. Impossible de lutter. Pour verrouiller le tout, on s’assure que ces entreprises aient une emprise sur le cadre du marché en « investissant » des capitaux dans le gouvernement. Les derniers scandales que vous avez entendu parlé, comme celui de Elf par exemple) en témoigne.

Aujourd’hui, je marche dans les rues de Ouaga et je ne peux que constater ce que nous avons créé. Une économie occidentale dans un pays qui ne l’ait pas. L’économie locale est presque morte. Seulement quelques miettes sont laissées aux petites entreprises Burkinabè (D’ailleurs si une de ces entreprises marche trop bien, pas de problème on l’a rachète, comme çà a ètè le cas pour la compagnie téléphonique publique ONATEL). Le seul espoir des habitants est dans une économie parallèle, l’économie du développement. Les Burkinabès ne rêvent plus de monter leur entreprise, mais leur projet de développement en s’appuyant sur les ONG. Là au moins, il y a une ouverture car de gros capitaux sont investis (pour compenser?) et le contexte est plus clément. Quand je suis arrivé au Burkina, j’avais été frappé du nombre de personnes qui me parlaient de leur projet de toutes sortes (On m’a même récemment présenté des projets d’album de musique qui devait « sensibiliser » la population sur différents problèmes de la société Burkinabé). Maintenant je comprends mieux.

Certains diront qu'il faudrait une révolution des peuples pour changer cette dynamique. Personnellement, je pense que c'est dans les mentalités que tout doit se dérouler. Il nous faut ouvrir les yeux sur ce que nous avons créé et identifier ou, nous, simple citoyen, pouvons avoir un petit impact. Mais peut-être préférons-nous fermer les yeux? Chacun à ses raisons et il faut les respecter. Mais n’oublions pas qu’au-delà des frontières multiples que nous avons dressées, nous resterons toujours des hommes et donc des citoyens du monde. À nous de nous comporter comme tel.



Florian



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La photo du jour : Et oui, j'élève une poule et un coq ! Quelqu'un peut m'aider pour les prénoms?






mardi 8 mai 2007

Théoriques versus Pratiques

Désolé pour cet intermède sans nouvelles. J’ai été très occupé ces derniers temps puisque je suis parti durant une semaine en mission dans la région la plus au Nord du Burkina Faso. Là-bas, j’y ai découvert un autre monde. Un monde ou ses habitants rendent la vie très simple malgré des conditions de vie vraiment difficile. Il n’y a pas d’électricité. L’eau est uniquement accessible grâce à quelques quelques forages. Il n’y a pas de routes goudronnées. La température monte à 50 degrés en saison sèche (c’est-à-dire actuellement), et le sol est uniquement fait de sable. Nous sommes à la porte du désert, dans la région de Markoye en Oudalan.

La première question qui me vint à l’esprit lorsque je suis arrivé est de savoir pourquoi les gens continuent à vivre dans une région si dure et isolée. Il m’est encore aujourd’hui difficile d’y répondre. Ce fut pour moi un réel paradoxe. Les gens ici souffrent car la vie ne leur fait pas de cadeaux, mais ces habitants dégagent une joie de vivre incroyable. Petit retour en arrière, à Paris. Je repense à ces visages que je croisais dans le métro. Cette tristesse dans les traits. La vie était beaucoup plus facile qu’ici. Pourtant quelque chose d’important manquait. Ici je l’ai trouvé. C’est ce côté humain. Alors est-il vraiment mieux pour cette population de vivre dans notre monde ? Je ne pense pas. Je dirais même plus, il nous faut redevenir humble et apprendre d’eux. Dans le domaine du développement, c’est le comportement inverse que l’on retrouve. Tout le monde semble être vouloir donner sa leçon. J’ai récemment commencé à lire « Whose reality counts? » de Robert Chambers. De cette lecture, est ressortie une réflexion. Sommes-nous assez compétent pour indiquer la voie du développement ? Peut-être est il alors judicieux de comprendre comment notre société reconnait la compétence. J’ai suivi pendant ces deux dernières années un enseignement de master en mécanique des fluides. Ma mission : prédire le comportement d’un écoulement fluide à l’aide d’un logiciel informatique. En d’autres termes, il me fallait modéliser un comportement naturel par des variables judicieusement choisies. Une représentation simplifiée de la réalité qui se révéle exacte dans certaines 'conditions' . À l’issus de cette formation, j’ai obtenu le grade de Maitre en Science. La société m’a alors conféré un statut plutôt élevé. Et c’est là ou réside le problème. Dans notre société, plus une personne a une formation théorique, plus elle est reconnue, et donc plus on lui confère un place hiérarchique élevé (et donc un pouvoir décisionnel accru). Et cela est bien entendu aussi valable dans le sens inverse : plus une personne est pratique, moins elle a de pouvoir décisionnel. Dans le domaine du développement, ce constat est symptomatique. Voilà déjà près de cinquante ans que les pays occidentaux appuient les pays en développement. Ces pays sont devenus de réels laboratoires. Les gens les plus éduqués au monde s’y sont essayés en donnant des conseils basés sur une modélisation de la réalité. En physique çà marche, mais pas pour les sciences sociales. Comme le dit Chambers, la réalité sociale est locale, complexe, diverse, dynamique et imprévisible. On ne modélise pas l'homme. C’est tout un changement dans les mentalités et les institutions qu’il faut opérer. Les théoriciens ne seraient présents que pour appuyer les praticiens. Cependant, côtoyant depuis quelques temps le monde du développement, force est de constater que nous en sommes encore bien loin. J’ai rencontré récemment une entreprise française travaillant au Burkina Faso sur un projet majeur de développement. Je crois que j’ai rarement eu honte comme çà. Ils mettent en place un projet d’envergure mais, après quelques échanges, j’ai vite compris qu’ils n’avaient aucun contact avec la 'réalité' du terrain. Leur projet est voué à l’échec, mais eux ont le pouvoir d’agir. Encore une nouvelle expérience dans le laboratoire du développement africain. Que la route est encore longue.

Florian

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Le piston du jour : à la Prom's 202 des Arts&Métiers de Chal's
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Les vidéos du jour sur http://www.esnips.com/web/Videosphotos/ :
'Traversée de Markoye.mpg', ville de Markoye, Oudalan (nord du Burkina);
'Puit et enfants.mpg', Falagountou, Oudalan;
'je revais d'un autre monde.mpg' : village de Gangany, Oudalan.