Vers une nouvelle vie!
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SCOOP ! Mes collègues de travail ont reçu la visite ce week-end de journalistes de la chaîne française France 2 afin d'effectuer un reportage pour la journée mondiale de l'eau de jeudi prochain. Le reportage sera normalement retransmis au journal national ce jeudi à 20h. Pour les canadiens, il sera disponible le lendemain sur le site: http://jt.france2.fr/20h/ . C'est un excellent moyen de connaître un peu plus ce que je fais.
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Voilà déjà une semaine que je suis à Ouagadougou et je commence tout doucement à me sentir comme chez moi. Je voulais vivre modestement dans une famille burkinabè, mon vœu a été exaucé. Un soir en rentrant du travail, j’ai rencontré un burkinabé vraiment sympathique : Saydou Traoré. Sa sœur, Fatimata Traoré, avait justement une chambre pour me loger dans le quartier plutôt modeste des ‘1200 logements’, une chance pour apprendre encore plus. Fatimata a perdue son mari il y a 11 ans. À l’époque, son mari travaillait au service du trésor burkinabè donc, elle et sa famille, vivaient une vie relativement tranquille. Fatimata n’avait même pas besoin de travailler. Mais voilà, lorsque son mari est mort d’une maladie à l’estomac, cette famille est tombée dans la pauvreté. Il n’y a pas de système social ou d’assurances au Burkina. Il n’y a donc pas de compensations lorsque l’on perd un membre de sa famille. Fatimata a tout de même eu la chance de recevoir une petite rente du service publique (120$ tous les trois mois) pour l’aider à nourrir ses enfants et les envoyer à l’école. Elle a certes essayé de reprendre un travail de standardiste, sa formation originale, mais voilà ici l’économie ne décolle pas. Il n’y a pas beaucoup de travail et il est très difficile de trouver un emploi fixe. Fatimata saute de petits contrats en petit contrats en espérant toujours trouver quelquechose de fixe. Aujourd’hui, sa vie est encore plus difficile car ses enfants grandissent donc sa rente a énormément diminuée (80$). Alors comment s’en sortir ? Fatimata ne ménage pas ses efforts. Elle essaye de trouver de nouvelles voies. Hier, elle m’a parlé de l’un de ses projets de monter une teinturerie avec deux de ses amies. Elle a fait une demande de prêt de 100$ auprès d’une ONG soutenant les microprojets (leur taux de prêt est de 20%!?). Elle attend toujours la réponse. Cela fait déjà trois semaines. Pour le reste, Fatimata s’en remet beaucoup à Dieu. Elle ne sait pas de quoi sera fait son avenir, mais n’a pas perdu espoir. Elle rêve toujours d’ouvrir son petit commerce dans une petite région de France (notez que ce n’est pas le rêve de l’ensemble des burkinabè, ils aiment leur pays et veulent y rester).
Ce que je veux vous faire comprendre à travers cette histoire, c’est que les burkinabè ne sont pas si différents de nous (si ce n’est leur culture). Ils sont juste plus vulnérables aux chocs de leur vie (petite dédicace à tous les ISFiens qui savent bien de quoi je parle!). Imaginons-nous ne plus avoir accès à tous ces avantages qui nous rendent moins vulnérables (assurances sociales, bonne économie, crédit, climat clément, etc), comment pensez vous que nous nous en sortirerions? À mon avis, comme Fatimata : avec le courage et l’espoir (et le sourire? )! Je relativise beaucoup plus depuis que je côtoie les burkinabès et j’espère que, à travers ce que je partage, vous aussi.La question est donc de savoir comment diminuer cette vulnérabilité? Beaucoup de choses ont été essayées pendant les cinquantes dernières années (une bonne référence pour les lecteurs :’ Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester?’, William Easterly) mais souvent sans vraiment comprendre la dynamique de la pauvreté et l’importance de la culture africaine. Il est inutile d’essayer de leur apporter des solutions occidentales. Notre rôle est de leur fournir un support pour trouver les leurs (la fameuse philosophie d’ISF Canada!). Ma mission chez Eau-vive a donc pour objectif de renforcer leur capacités,
c’est-à-dire de leur fournir des outils (organisationnels, méthodologique, etc..) leur permettant d’améliorer leurs compétences et donc leur impact sur les communautés locales. Mon séjour sera marqué par plusieurs étapes distinctes me permettant d’aller dans ce sens. Actuellement, je participe à toutes les tâches de l’organisation afin de bien cerner le fonctionnement de l’organisation et sa manière de travailler. Après quelques mois, je pourrai alors établir sur quels points Eau-vive peut progresser et mettre en place un plan d’action. J’ai commencé sur le terrain en début de semaine puisque je me suis rendu pendant deux jours dans deux villages près de Koudougou (Kiera et Bouloum) comme vous pouvez voir sur les photos (et oui, j'ai fait la coupe!). Nous y avons effectué la réception respectivement d’une école (3 classes) et d’un centre de santé. A l’arrivée, nous avons eu un accueil incroyable. Notre voiture a été encerclée par une cinquantaine de personnes chantant et jouant de la musique. J’ai placé quelques vidéos sur: http://www.esnips.com/web/Videosphotos/ (cliquez sur 'Next' en bas de la page pour voir les autres vidéos) afin de vous faire partager tout cela. Nous avons participé à une courte cérémonie, puis à une réunion de bilan sur le projet en présence de tous les acteurs. Je me suis rendu compte à quel point la communication dans ces villages est différente de la notre. Dans notre vie de tous les jours, nous utilisons beaucoup de concepts alors que dans ces villages les gens se rattachent à la réalité, à ce qu’ils peuvent toucher et voir. Les Conseillers techniques d’Eau-Vive utilisent beaucoup d’expressions imagées ou proverbes pour faire comprendre certains concepts du développement, morceaux choisis :
‘S’il faut donner un poulet à son beau-père, peut-être faudrait-il une autruche.’
‘Qui veut voyager loin ménage sa monture.’
‘Quand on a quelque chose de neuf, c’est bien. Mais parfois on oublie le lendemain que l’on peut avoir quelque chose de meilleur.’
‘Tu pousses la personne pour grimper sur l’arbre et elle pourra grimper par elle-même dans les branches de l’arbre.’
Haha, j'adore çà !Voilà, c’est tout pour aujourd’hui car je dois aller manger. Ma famille africaine m'attend comme vous pouvez le voir sur la photo lol (de gauche à droite: Cady, moi, Fatimata et Papou). J’attends avec impatience vos remarques ou commentaires!
Florian
PS : La réponse à la question du jour du dernier post est : 19 personnes + 4 enfants !! L’expression ’être serré comme des sardines’ prend alors tout son sens!
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Les mots Moré du jour :
- Fokié mamé ? = Comment çà va ?
- Paga gaasi ? = Et la femme ?
- Zacramba ? = Et la famille ?
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La photo du jour : petite dédicace à tous les canadiens (cliquez dessus pour voir en gros) !
Cette photo vient du tableau de l’école de Kieira, un village au fond de la brousse… J'espère que lorsque je rentrerai au Canada, j'aurai droit à une petite récitation! lol